Hello cher lecteur!
Un voyage ne serait pas complet sans quelques galères, tu en conviendras. Depuis le début, tu auras peut être noté que nous avons échappé de peu à certaines catastrophes...
L'ouragan Harvey, suivi de son pote Irma, ont gravité pas trop loin de nous, et nous ont plombé le projet de visiter Houston. Un coup de vent vers la gauche, et on y avait droit.
Le cinglé qui a pété un câble à Vegas logeait juste en face de notre hôtel. S'il avait décalé ses dates de vacances, c'était pour nous.
Les terribles incendies qui ravagent la Californie auraient pu nous griller les poils de fesses. Imaginons que le type aie jeté sa clope un mois plus tôt, bingo.
Les petits hommes verts ont enlevé nos voisins de camping-car le lendemain de notre départ de Roswell. Ca s'est joué de peu.
Bref, voyager veut dire s'exposer au danger.
On en a pleinement conscience à San Antonio, quand le charmant couple de septuagénaires avec lequel nous avons sympathisé vient nous prévenir qu'un 3eme ouragan, Nate, se dirige droit sur la Nouvelle-Orléans, ce qui est ballo car c'est justement là que nous prévoyons d'aller dans deux jours.
Donc là, il faut réfléchir vite, la chance ne peut pas toujours être de notre côté, on sent que celui-là, il est là exprès pour nous.
Option 1: on prend le cyclone de vitesse, on met le turbo avec Mister White pour arriver à Houston le plus vite possible, on le rend à Cruise America et on avance notre vol Houston-Nouvelle Orleans pour avoir le temps de se calfeutrer avant l'arrivée de Nate, en passant outre le couvre-feu et les supermarchés dévalisés. Mmmmmmm. On le sent moyen.
Option 2: on ne bouge pas de San Antonio, on laisse le bazar passer, on annule nos vols pour la Nouvelle Orléans, puis on fait un tour dans les terres en attendant notre vol retour. Ca implique de garder Mister White et ses frais en extra, de se faire 1500 bornes de plus pour rentrer suffisamment vers le Nord, et d'aller dans des endroits qui ne nous branchent pas forcément.
Option 3: on reste à San Antonio, on rend Mister White sur place (on ne va donc pas à Houston), on annule nos vols pour la Nouvelle Orléans, puis on avance notre retour sur Paris. Ce qui nous laisse un peu plus de temps pour faire notre visa Chinois et préparer nos affaires sur la suite du périple.
On vote pour l'option 3, la sagesse est avec nous.
L'étape "annulation de vols qu'on a payé le moins cher possible" est épique. Pas de remboursement, pas d'annulation, pas de changement envisageable. C'est écrit en gros sur chacun de nos billets.
Du coup, on téléphone à la plateforme Edreams pour expliquer notre cas particulier, l'ouragan qui arrive, l'obligation de protéger sa famille, ne pas prendre de risques...
C'est Abdelrahman qui prend notre appel. Lui expliquer tout cela des Etats Unis, alors qu'il semble répondre du fin fond du Bled nous apparaît compliqué. Encore un peu et il va nous donner la recette du couscous de sa mère. Bon bref, Abdelrahman engage avec nous un dialogue de sourds, qui nous ferait mourir sur place si la situation le permettait. En l'occurrence, là, ça nous gonfle, on a bien compris qu'on ne serait pas remboursés mais y'a vraiment aucun recours? On va nous laisser périr dans la tempête? Nan, on te demande pas si ta mère pétrit ses boulettes, mais SI ON VA NOUS LAISSER PERIR DANS LA TEMPETEEEEEUUHHHH!
Abdelrahman abdique rapidement et nous dit d'attendre samedi pour voir si le vol sera annulé de lui-même, vu que les avions n'atterrissent jamais dans les ouragans.
Et bien si, SCOOP! Les avions atterrissent dans les ouragans, le vol est maintenu, nous exécutons un joli "no show" (on ne le prend pas, quoi) et nous voyons s'envoler nos velléités de remboursement. BIM!
On débourse également what milliers de dollars pour avancer notre vol de retour, pour le coup on se croirait dans une machine à sous inversée: Un tour de manivelle, 1000 euros en moins! Et on gagne à tous les coups!
C'est donc passablement maussades qu'on arrive à JFK (New York). Par chance, notre avion n'est pas plein, ce qui fait que nous sommes confortablement installés. Ce n'est qu'arrivés à Paris que je me rends compte avec horreur que je ne me vois pas ranger ma valise rose (dans laquelle se trouvent tous les papiers importants du voyage, le livret de famille, ma doudoune, mon épilateur électrique qui arrache les poils sous la douche et qui est tout neuf, mes lunettes de soleil Prada à une blinde, mes Rayban (tant qu'à faire), mes tampons, et sûrement une foule d'autres trucs que mon cerveau a occultés pour ne pas me faire trop souffrir), d'ailleurs je ne me vois même pas la transporter jusqu'à la porte d'embarquement... Alors que je l'ai ouverte 5 minutes avant pour prendre mes bas de contention (ouf! Eux ils sont sauvés!).
Vu qu'on est les derniers à sortir de l'avion, l'hôtesse ne peut rien faire pour nous, les coffres sont vides, nulle trace de ma valise rose.
La mort dans l'âme, je fais une rapide prière pour mes affaires décédées, volées ou détruites, et nous récupérons nos bagages qui sont les derniers sur le tapis roulant. Sauf qu'il manque une valise. Celle dans laquelle se trouvent toutes les fringues de Cannelle, mon Polaroid rose adoré vénéré, mes boucles d'oreille de hippie de Sedona, mes baskets de sport, ma brosse à dents, mes affaires de toilette...
Je comprends bien qu'on m'envoie un signe fort, là. Je dois sûrement travailler sur le lâcher-prise, stopper le consumérisme frénétique, ou méditer sur le fait que le matériel, versus l'humain, c'est de la daube; je crois que j'ai bien saisi le truc, pour sûr, je vais me détacher de tout ça, promis, mais pour l'instant CA FAIT CHIEEEEEEER!
Comment faire le deuil de toutes ces affaires précieuses? Je n'ai toujours pas trouvé la réponse. La valise rose me réveille la nuit, tentant de m'envoyer des indices pour la localiser. Mon Polaroïd clignote dans mes rêves, je suis làààà, je suis làààà.
Je pense avoir trouvé la parade pour le futur: on oublie le rose, il me porte malheur.